Zoom sur le livre « Vercingétorix », de Paul M.Martin

martin-vercingetorixVercingétorix n’a pas été le grand rassembleur des Gaulois, mais « un piètre politique ». Voilà la thèse soutenue par Paul M.Martin, dans Vercingétorix (2001, éditions Perrin). En revanche, malgré sa défaite à Alésia, il a été « un grand stratège, digne de l’adversaire qu’il affrontait » (selon les propos de Paul M.Martin). Cet ouvrage tente de circonscrire par touches successives un personnage qui, faute de documents gaulois, a été largement façonné par son adversaire dans« La Guerre des Gaules » (livre de Jules César). Vercingétorix est à quelques nuances près l’homme d’un seul livre, celui de Jules César, et celui d’un seul peuple, le peuple français. » Or, les Français ont fait de Vercingétorix un grand mythe national. Pour magnifier sa propre victoire, César grandit son adversaire. Pour justifier la conquête, il perpétue le souvenir de ces terribles barbares qui traumatisent les Romains depuis le sac de Rome, trois siècles plus tôt. Pour atteindre son objectif géopolitique (créer une zone romanisée au nord de la Narbonnaise, afin de contenir des Germains de plus en plus turbulents ) Jules César doit, dans le même temps, présenter les Gaulois comme des populations « assimilables dans l’empire ». « La Guerre des Gaules » est donc à manier avec prudence.

Vercingétorix : un aristocrate gaulois et ancien officier de César

Les historiens modernes n’ont pas été jusqu’à présent d’un plus grand secours. Ils ont peint selon leur inclination un Vercingétorix tour à tour monarque, héros républicain, figure originelle de la résistance, voire traître et piteux stratège… Pour leur défense, ils étaient servis par notre ignorance abyssale de l’Arverne, jusqu’à son physique. Si les auteurs romains Florus ou Dion Cassius s’accordent sur sa grande taille, il faut plus y voir un stéréotype (les Gaulois sont toujours décrits comme plus grands que les Romains : plus de 1,70 m) qu’une description fiable. Quant aux monnaies censées le représenter (nez droit, pommettes saillantes, menton petit, cou musculeux, cheveux bouclés…) elles pourraient en réalité avoir été frappées à l’effigie d’un dieu gaulois assimilé à Apollon ou à Mercure. L’historiographie ne nous renseigne pas plus sur son caractère. Vercingétorix est donné pour intelligent, volontaire, énergique, autoritaire, etc. Mais qui pourrait dénier ces qualités au stratège qui défia les légions romaines, commandées par l’un des plus grands soldats de l’histoire. On ne connaît pas plus sa date exacte de naissance, probablement autour de 80 av. J.C., à Gergovie, près de Clermont-Ferrand.

Au moins est on certain de la signification de son nom :« Le grand chef des guerriers ». Au XIXe siècle, les Romantiques y virent un signe du Ciel, une prédestination qui devait nourrir l’épopée du héros.

Son père : Celtillos

Autre certitude : Vercingétorix appartient à la haute aristocratie gauloise, qui, avec ses vassaux et sa clientèle, annonce les chevaliers médiévaux : quand elle ne fait pas la guerre, elle se consacre à l’agriculture, à l’élevage et au commerce. Son père, Celtillos (membre de la famille royale) aurait, à en croire César, exercé le pouvoir sur toute la Gaule. Son mandat fut bref puisqu’il a été assassiné par ses pairs, qui ne pouvaient admettre que l’un d’entre eux s’auto-désigne roi. Vercingétorix ayant au moment du drame entre dix et vingt.

Paul M. Martin imagine l’amertume et la volonté de vengeance du futur chef : « Ne faut-il pas prendre en compte, dans son aventure future, le désir de surmonter par l’action ce traumatisme, de marcher sur les traces de son père, de réussir là où il avait échoué ? » (propos de Paul M.Martin)

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