Des Italo-Celtiques aux Gallo-Romains : trois millénaires de mutations, ruptures, mutualisations

Le faciès gallo-romain est une complexité fruit de fascination-répulsion entre Gaulois et Romains dans la deuxième moitié du Ier millénaire avant notre ère (surtout depuis le sac de Rome par le général celte Brennus en – 390) autant que la résultante d’une lente acculturation qui n’a fait que retisser les liens d’un socle ethnoculturel italo-celtique vieux de 2 500 ans. Ces liens anciens avaient été étirés jusqu’à pour certains rompre du fait des enjeux du commerce en Europe et de la concurrence pour la main mise sur des circuits complets d’acheminement de ressources et matériaux rares comme le sel, l’ambre ou le cuivre. Les emprises celtiques et italiques autour de la plaque-tournante des Alpes suisses deviennent dans le dernier millénaire avant notre ère un jeu de chaises musicales arbitré très habilement par l’audacieuse et raffinée civilisation étrusque depuis le Nord de l’Italie.

Le jeu trouble des Etrusques et les ripostes celtiques

Si les Gallo-Romains sont la résultante d’une acculturation entre civilisations celtique et italique, ils sont surtout le fruit de luttes intestines :

  • les populations italiques et celtiques sont sœurs, toutes leurs langues ont bien des traits communs,
  • elles ont une origine commune, elles étaient donc animées d’ambitions proches et de vues similaires sur les Alpes (le sud de l’actuelle France, le nord de l’actuelle Italie, le nord des Alpes).

Les Etrusques en jouaient : ils appréciaient recruter des Celtes comme mercenaires de grande qualité rompus à la guerre, mais se sont rendus compte qu’ils n’étaient pas à l’abri de pillages et de rançonnements, aux IVe et IIIe siècles, de la part de ces mêmes guerriers celtes. A partir de Brennus, puis surtout des Boïens, Celtes établis en une vaste confédération à cheval sur les Alpes et ses atours, l’Europe centrale de Bohême et Moravie jusqu’en Thrace, le jeu étrusque est parfaitement saisi par les Celtes : Felsina (Bologne) est capturée par les Boïens, et des centres urbains celtiques vont être fondés dans le Nord de l’Italie.

Les proto-Italiques migrent du nord vers le sud des Alpes vers – 1 500 ans

La langue proto-italique s’est séparée des dialectes proto-indo-européens occidentaux vers 2500 av. J.-C. Il était initialement parlé par des tribus italiques au nord des Alpes, avant leur migration vers le sud, dans la péninsule italienne mille années plus tard, durant la seconde moitié du IIe millénaire av. J.-C. La kultur proto-villanovienne émerge en Italie vers – 1 200 ans. Elle persiste jusqu’au Xe siècle av. J.-C. Les sites proto-villanoviens ont alors essaimé dans toute la péninsule italienne : ses villages, le plus souvent de petite dimension, sont fort souvent construits sur des collines et entourés de fortifications. Les proto-Villanoviens pratiquent partout en Italie la crémation mais un processus de régionalisation va rendre singulière telle communauté par rapport à ses voisines.

La communauté prenant une domination au Nord de l’Italie vers – 950 ans, les Etrusques, déclenche avec le temps une grande polarisation aux traits culturels et artistiques grecs et anatoliens, lui donnant la puissance d’influer sur une grande partie de l’Italie. L’art étrusque voit apparaître une culture figurative, influencée par les modèles grecs. Les contacts avec les Grecs qui ont fondé les colonies du Sud de l’Italie coïncident avec le début de la période orientalisante de la civilisation étrusque. Elle n’est sans doute pas non plus étrangère à l’émergence d’une aristocratie à laquelle appartient exclusivement, dans un premier temps, la connaissance de l’écriture, qui fait alors son apparition en Étrurie. Il faut aussi considérer un autre phénomène important, survenu vers la même époque : il s’agit de la présence des Phéniciens en Méditerranée occidentale. Ces derniers s’établissent dans le Sud-Ouest de la Sardaigne, à Nora, dès le IXe siècle. Par la suite, les Étrusques entretiennent d’étroites relations commerciales avec eux.

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