Les Gallo-Romains sont sensés désigner les habitants de Gaule lorsqu’elle avait été transformée en provinces par Rome, après la Guerre des Gaules menée par Jules César. En vérité, la nébuleuse gallo-romaine est bien plus ancienne. Celtes et Italiques sont issus vers – 2 500 avant notre ère d’une des cinq branches ethnoculturelles forgées par l’acculturation entre des populations locales d’Europe et les nouveaux arrivants proto-indo-européens venus des steppes du pourtour de la mer Noire. Les langues italiques et celtiques sont un socle commun fixé autour des Alpes, quand quatre autres souches solides sont fixées dans l’est-européen pour les proto-Slaves, les rivages sud-ouest de la mer Baltique pour les proto-Germaniques, les rivages sud-est de la mer Baltique pour les proto-Baltes, le sud-est européen pour les proto-Grecs. L’analyse qui va suivre prend donc en compte une histoire complexe s’étirant sur trois millénaires, aboutissant à la romanisation de l’ouest-européen et à l’obstacle germanique à cette romanisation dressé au-delà de la Guerre des Gaules.

Le faciès gallo-romain est une complexité fruit de fascination-répulsion entre Gaulois et Romains dans la deuxième moitié du Ier millénaire avant notre ère (surtout depuis le sac de Rome par le général celte Brennus en – 390) autant que la résultante d’une lente acculturation qui n’a fait que retisser les liens d’un socle ethnoculturel italo-celtique vieux de 2 500 ans. Ces liens anciens avaient été étirés jusqu’à pour certains rompre du fait des enjeux du commerce en Europe et de la concurrence pour la main mise sur des circuits complets d’acheminement de ressources et matériaux rares comme le sel, l’ambre ou le cuivre. Les emprises celtiques et italiques autour de la plaque-tournante des Alpes suisses deviennent dans le dernier millénaire avant notre ère un jeu de chaises musicales arbitré très habilement par l’audacieuse et raffinée civilisation étrusque depuis le Nord de l’Italie.
Le jeu trouble des Etrusques et les ripostes celtiques
Si les Gallo-Romains sont la résultante d’une acculturation entre civilisations celtique et italique, ils sont surtout le fruit de luttes intestines :
- les populations italiques et celtiques sont sœurs, toutes leurs langues ont bien des traits communs,
- elles ont une origine commune, elles étaient donc animées d’ambitions proches et de vues similaires sur les Alpes (le sud de l’actuelle France, le nord de l’actuelle Italie, le nord des Alpes).
Les Etrusques en jouaient : ils appréciaient recruter des Celtes comme mercenaires de grande qualité rompus à la guerre, mais se sont rendus compte qu’ils n’étaient pas à l’abri de pillages et de rançonnements, aux IVe et IIIe siècles, de la part de ces mêmes guerriers celtes. A partir de Brennus, puis surtout des Boïens, Celtes établis en une vaste confédération à cheval sur les Alpes et ses atours, l’Europe centrale de Bohême et Moravie jusqu’en Thrace, le jeu étrusque est parfaitement saisi par les Celtes : Felsina (Bologne) est capturée par les Boïens, et des centres urbains celtiques vont être fondés dans le Nord de l’Italie.
Les proto-Italiques migrent du nord vers le sud des Alpes vers – 1 500 ans
La langue proto-italique s’est séparée des dialectes proto-indo-européens occidentaux vers 2500 av. J.-C. Il était initialement parlé par des tribus italiques au nord des Alpes, avant leur migration vers le sud, dans la péninsule italienne mille années plus tard, durant la seconde moitié du IIe millénaire av. J.-C. La kultur proto-villanovienne émerge en Italie vers – 1 200 ans. Elle persiste jusqu’au Xe siècle av. J.-C. Les sites proto-villanoviens ont alors essaimé dans toute la péninsule italienne : ses villages, le plus souvent de petite dimension, sont fort souvent construits sur des collines et entourés de fortifications. Les proto-Villanoviens pratiquent partout en Italie la crémation mais un processus de régionalisation va rendre singulière telle communauté par rapport à ses voisines.

La communauté prenant une domination au Nord de l’Italie vers – 950 ans, les Etrusques, déclenche avec le temps une grande polarisation aux traits culturels et artistiques grecs et anatoliens, lui donnant la puissance d’influer sur une grande partie de l’Italie. L’art étrusque voit apparaître une culture figurative, influencée par les modèles grecs. Les contacts avec les Grecs qui ont fondé les colonies du Sud de l’Italie coïncident avec le début de la période orientalisante de la civilisation étrusque. Elle n’est sans doute pas non plus étrangère à l’émergence d’une aristocratie à laquelle appartient exclusivement, dans un premier temps, la connaissance de l’écriture, qui fait alors son apparition en Étrurie. Il faut aussi considérer un autre phénomène important, survenu vers la même époque : il s’agit de la présence des Phéniciens en Méditerranée occidentale. Ces derniers s’établissent dans le Sud-Ouest de la Sardaigne, à Nora, dès le IXe siècle. Par la suite, les Étrusques entretiennent d’étroites relations commerciales avec eux.

Dans le même temps dans les Alpes autrichiennes, des communautés celtiques se développent grandement autour du travail dans les mines de sel et la commercialisation du sel, si important pour la conservation des viandes et les opérations de salaison du poisson. Ces Celtes habitent en nombre le nord et l’ouest des Alpes à partir du VIIIe, mais aussi l’est des Alpes. Les Alpes sont alors une plaque-tournante entre les Italiques au sud, au Piémont et dans la plaine du Pô et au centre de la péninsule italienne, et les Celtes installés dans les massifs alpins et à l’ouest des Alpes, au nord des Alpes et à l’est des Alpes avec comme profondeur d’action tout le cours du Danube jusqu’en Thrace.
