Hallstatt, dans les Alpes autrichiennes, est un site majeur, fortifié, symbole d'une kultur celtique qui émerge puissamment vers - 1 200 ans avant notre ère. Une kultur celtique dont les peuples, morcelés politiquement chacun derrière un leader charismatique de type roi-guerrier, développent pourtant les mêmes dynamiques économiques et de développement de leurs sociétés. De véritables peuples puissants ont ainsi une emprise solide sur les Alpes et ses atours, et les massifs montagneux alpins deviennent alors une plaque-tournante globale pour les Celtes. Etablis dans un écosystème imprenable, les Celtes imitent leur paysage dans leur bâti urbain avec une forteresse imprenable au sein de chaque centre urbain stratégique, les Alpes comme plaque-tournante globale aussi car les Celtes se développent autour du grand commerce en étant en mouvements permanents tout autour de la plus grande montagneuse d'Europe, et ce, jusqu'en Italie du Nord, Europe de l'ouest, Allemagne du Sud et le long du Danube jusqu'en Thrace.

Les proto-Italo-Celtiques suivent le Danube des Balkans jusqu’aux Alpes
Hallstatt, en Haute-Autriche, voit ses mines de sel exploitées depuis la fin du IIe millénaire. Sont à la manœuvre des sociétés que l’on appellera celtiques, alors qu’en ces temps ces populations avaient migré vers les Alpes tchèques puis autrichiennes puis suisses en suivant le fleuve Danube depuis les Balkans. Vers – 2 500 ans, les Balkans concentrent des peuplades nomades-guerrières autour de gisements de cuivre très nombreux, et y développent toutes à leur manière le travail du métal, notamment la métallurgie du bronze, un métal qui fera basculer le sort de tout le continent européen. De vastes migrations colonisatrices des nomades-guerriers proto-indo-européens entamées depuis la mer Noire vers – 3 500 ans, et orchestrées par une verticalité absolue du pouvoir par la kultur des Maïkop, et leurs seigneurs de guerre, s’étaient déployées sur le continent européen par le poids du nombre des nomades-guerriers de la kultur Yamna, dont le foyer ukrainien de population se videra. Issues de ces guerriers-nomades proto-indo-européens, des peuples se démarquent pourtant de leurs « pères et mères » par le développement de mentalités et de langues différentes par le biais de contacts locaux prolongés avec le substrat de populations balkaniques, dont la majeure partie des cultivateurs et forgerons du cuivre proviennent de l’Anatolie de vers – 6 500/- 5 000 ans. Emergent alors des faciès ethnoculturels par des voies d’éclatement culturels et par le fait de migrations organisées : ainsi les proto-Grecs quittent les Balkans en direction de la Macédoine puis la Grèce, les proto-Slavo-Baltes gagnent les rivages de la mer Baltique et l’ouest de la Russie d’Europe, ou encore les proto-Italo-Celtiques suivent le cours du Danube en direction de l’ouest. Les proto-Italo-Celtiques établissent des points de chute au nord des Alpes : leur kultur dite des Tumulus s’étend sur l’Europe centrale, depuis le Rhin jusqu’aux Carpates occidentales, et depuis les Alpes jusqu’à la mer du Nord. Italiques et Celtiques ont alors bien des traits communs dans les langues qu’ils utilisent, tandis que parmi cette vaste kultur, des populations proto-Germaniques émergeront plus au nord au contact de la mer du Nord et la mer Baltique. Si Italiques et Celtiques se développèrent mutuellement depuis cette aire géographique commune, les proto-Germaniques seront eux dans un façonnement en lien avec les proto-Baltes de Scandinavie et du rivage sud de la mer Baltique bordant le nord de l’Allemagne. Les Alpes deviennent une vraie plaque-tournante dès lors que les Italiques quittent le nord des Alpes vers – 1 500, pour rejoindre le Nord de l’Italie, …quand les Celtes occupent tous les atours ouest, nord, est des Alpes, avec des routes commerciales les reliant avec la mer Baltique pour son ambre et avec les Balkans pour ses gisements de cuivre, cuivre dont il faut ajouter 10 % d’étain pour monter un alliage de bronze…

L’économie celtique : agriculture, élevage, métallurgie d’outils et d’armement,
L’économie hallstattienne associe entre vers – 1 200 et – 450 ans environ, l’agriculture avec de l’élevage plus ou moins important selon l’importance de l’emprise des forêts environnantes. Le modèle économique en place voit les terres comme propriétés communautaires, le bétail comme propriété privée. La militarisation de la société hallstattienne résulte plus du besoin de protéger les troupeaux, et les circuits d’extraction et acheminement du sel, que d’une mentalité tournée vers la guerre ou la conquête. L’essor des besoins en sel en Europe pour conserver la viande, préparer des peaux et pour la salaison du poisson, sont bien accompagnés par des circuits celtiques optimisant la production du sel : à tel point que de longues expéditions militaires bien préparés en matière logistique, deviennent envisageables. Les populations celtiques deviennent alors très mobiles et sont bien vite au contact avec des kulturs ouest-européennes de cultivateurs, des kulturs proto-germaniques de chasseurs-pêcheurs-cultivateurs en leur Nord, des kulturs proto-grecques maîtrisant la métallurgie en leur Est, et des kulturs italiques sous influences étrusque, grecque et phénicienne au sud des Alpes. Quand l’échange réciproque et vertueux sera possible avec toutes les kulturs en leur ouest, leur nord, leur est, un choc culturel plus au sud avec les Italiques imposera fort souvent le choix des armes par les Celtes. Mais dans l’ensemble les Celtes prennent le virage vers une économie plus ouverte et dont davantage de composantes sociales entreront en action, tirant les fruits d’activités, savoir-faire qui se spécialisent. Les Celtes des Alpes et de ses pourtours ouest, nord, est, veulent mettre à profit tout échange possible avec les kulturs italiennes, et méditerranéennes, lesquelles font rayonner jusqu’en terres celtiques des traits culturels puissants et des savoir-faire artisanaux et artistiques qui fascinent les Celtes : ce sera la période de La Tène, qui dès le Ve siècle avant notre ère est en lien avec les Celtes dits « historiques » et avec l’apogée de la civilisation celte.
Monopole des Celtes sur le sel et écrasement par des princes celtes des sociétés
Des citadelles sont établies sur des hauteurs dominant de vastes étendues. Parmi les plus importantes, une douzaine sont vraisemblablement les résidences de princes ou de chefs territoriaux, qui jouent un rôle économique et politique, et constituent une puissante fédération de communautés organisées sur le même modèle, par exemple en Allemagne du Sud, en Suisse et dans l’Est de la France. Les gisements de sel étant une exclusivité alpine, des voies irriguaient de ce sel le monde méditerranéen en passant par la Bohême (ouest de la République Tchèque), l’Italie du Nord disposaient de voies jusqu’au cours du Danube : les Celtes convoyaient le sel, des milices armées sécurisaient les voies du sel. Le site d’Hallstatt en tant que tel, est en fait l’archétype d’une nébuleuse de sites fortifiés d’extraction du sel disséminés dans les massifs des Alpes. Les riches sépultures des VIIIe, VIIe, VIe siècles retrouvées à Hallstatt démontrent que cette proto-industrie du sel avait généré des élites, enrichies par leur contrôle des circuits et flux, et par leur centralisation clanique et familiale de toute cette économie, notamment en nourrissant en gardes et milices armées leur image populaire d’une élite toute puissante, dont le charisme doit rester incontestable…

L’exemple de la citadelle de la Heuneburg : le prince et… les autres
La citadelle de la Heuneburg a été la plus largement fouillée : son rempart long de 600 m, sur quatre mètres de haut, et muni de tours en saillies, technique inhabituelle au nord des Alpes. À l’intérieur, des maisons se répartissent le long de ruelles, de nombreuses amphores grecques ou des productions étrusques. Près de la citadelle de la Heuneburg qui domine toute l’agglomération et où résidait la famille dirigeante, les bases d’une vaste demeure ont été retrouvées lors de fouilles archéologiques. Cette maison monumentale logeant un maître supervisant la main d’oeuvre, avait été bâtie non loin de la citadelle disposant, elle, d’une garnison de troupes. Cette hiérarchisation du bâti à la fin de la période d’Hallstatt est à la fois la résultante du développement et de la puissance des peuples celtes, à la fois le point de rupture ultime de cette concentration des richesses entre les mains de quelques familles et clans puissants.

Les Celtes s’émancipent de la mentalité de leurs aïeux Maïkop : la métallurgie d’armement ne doit plus engloutir toutes les richesses de l’économie
Avant le Ve siècle avant notre ère, et depuis les débuts vers – 1 200 ans de l’économie et la société dites hallstattiennes, les peuples celtiques demeurent encore trop marqués par les retombées du travail du bronze, par les gains tirés de l’exportation de denrées agricoles de qualité et par l’obnubilation autour du contrôle de routes et circuits commerciaux autour de matériaux à forte valeur ajoutée comme le sel dont ils étaient LE producteur phare européen, et l’ambre de la Baltique dont ils cherchaient à en capter les redistributions partout vers le sud-européen. Ces schémas de pensée économique étaient dignes de leurs aïeux Maïkop des steppes pontiques : eux qui les premiers au monde dès le IVe millénaire savaient concevoir en bronze des épées dont la longueur était inédite, et qui orientaient systématiquement les richesses qu’ils accumulaient vers leurs forges pour tout investir dans la conception d’armes et armures. Les liens entre Celtes et leurs aïeux de la mer Noire étaient encore très forts : mais le crépuscule de toute cette économie hallstattienne qui concentrait les richesses celtiques entre les mains de quelques puissants, est l’aube d’une période de La Tène (dès le Ve siècle av. notre ère) où les fruits de l’économie celtique reviennent à une base bien plus élargie des sociétés celtes.
