Une absorption politique lente des Celtes de l’Italie du Nord a lieu dès lors que Rome avait rebondi sur son choc psychologique et traumatique de l’expédition de Brennus en – 390. Les armées avaient été remodelées, ce qui a permis à Rome d’associer la force des armes à sa culture polarisant les peuples qu’elle ciblait. Dans l’ensemble Rome avait compris sa douleur et,… voulant un « plus jamais cela » n’a jamais désactivé une machine de guerre et de conquête obstinée qui romanisera l’Italie du Nord puis ira défier le long du Rhône les peuples gaulois Allobroges et Arvernes.

En -268, la ville romaine d’Ariminium est bâtie sur le territoire boïen : après plusieurs défaites de coalitions celtes contre Rome. La mort des rois charismatiques boïens Atis et Galatos affaiblit les Boïens, qui sont battus dans leur tentative d’envahir l’Etrurie en -225, une Etrurie dont les richesses auraient permis aux Boïens maintes approvisionnements et un regain certain de forces économiques orientées vers un armement. Mais l’Etrurie est comme un territoire de prestige pour Rome, et territoire mémoriel très fort pour Rome, qu’elle cherchera donc à soulager des Boïens. Les Etrusques représentant des fondateurs de Rome à travers des figures de rois comme Tarquin le Superbe. En -218, Rome contrôle le Pô en fondant Cremonia et Placentia. Les Boïens détruisent Placentia et le roi boïen Magalos envoie une délégation à Hannibal, général carthaginois alors en marche vers l’Italie pour la retourner entière contre le pouvoir républicain romain : tous deux se rejoignent sur la rive gauche du Rhône. La série de victoires d’Hannibal et certaines victoires boïennes n’empêchent pas un écrasement d’une coalition entre Insubres et Boïens près de Mediolanum (actuelle Milan) en -194, ni l’écrasement total en -191. Les Boïens fuient alors vers l’Europe centrale, ceux qui restent sont expropriés et réduits en esclavage.

Les Boïens avaient un schéma hiérarchique du pouvoir autour de deux rois, lesquels cherchaient à fédérer jusqu’à un peu plus d’une centaine de tribus confédérées, dans un but de conquête de territoires à la fois riche en ressources à la fois tremplin d’extension de leurs routes commerciales et d’approvisionnement. Les rois boïens articulaient une confédération de clans et familles celtes.
Quand les Boïens et Insubres sont soumis, la Cispadane est alors sous contrôle romain : par les colonies romaines fondées, la route du mercenariat est coupée. Le port romain d’Aquilée est connecté à la route de l’ambre en -181, ce commerce majeur de l’ambre, d’ampleur européenne depuis la Baltique est donc détourné au profit de Rome. La via Emilia relie Placentia à Ariminium. Les Insubres voient la lex Pompeia, en – 89, leur accorder le droit latin. En – 49, la citoyenneté romaine leur est accordée mais leur territoire est absorbé sous forme de province Transpadane, par Rome.
La remontée romaine le long du Rhône
Une province Transalpine est formée en – 124, à partir de l’élimination des Salyens (dont Entremont comme chef-lieu, à quelques kilomètres au nord d’Aix-en-Provence) qui menaçaient Massilia, la grande cité commerciale fondée par les Grecs de Phocée au VIe siècle avant notre ère. S’ensuivent la fondation de la colonie Aquae Sextiae (Aix), l’annexion des territoires salyens. Les Romains menant une remontée le long du Rhône, des oppositions gauloises fermes, armées, se forment.

Les peuples gaulois Allobroges (Savoie) et Arvernes (Massif central) s’associent en armes mais subissent une double défaite en – 121 par des légions romaines renseignées et épaulées par des troupes gauloises du peuple Eduen : une bonne partie du territoire allobroge est annexée à la provincia Transalpine (région romaine d’au-delà les Alpes). En -117 : Narbo Martius (Narbonne) est fondée, permettant le relais entre Italie et Ibérie, tout en cherchant à subjuguer économiquement, culturellement les peuples gaulois, et servant par ses casernements militaires de tremplin romain pour de futures extensions territoriales.

A même situation impérialiste de Rome deux réactions contraires, donc : quand les Arvernes pousseront alors jusqu’à ambitionner l’union des peuples gaulois contre Rome, les Allobroges sont absorbés. Oui sauf que si absorption, elle fut longue et difficile : Rome va faire face à trois révoltes allobroges pendant le Ier siècle avant notre ère, la fixation autour d’une ville-centre de Vienne de ces Allobroges, voulue par Rome pour mieux avoir prise sur eux, n’avait pas été suffisante ni efficace.
Des Gaulois du Sud-Gaule déjà attendris par la romanisation
En même temps que la provincialisation romaine de la Gaule Chevelue semble résulter de guerres dont une ultime, la Guerre des Gaules, elle a été envisageable par Rome du fait de brassages ethnoculturels très anciens entre Italiques et Celtes, et avec la reprise par Rome de méthodes étrusques de polarisation de territoires extérieurs par la diffusion massive et continue de biens et marchandises acculturant. Dès le IIe siècle avant notre ère en Gaule, les débuts d’une consommation galopante de produits méditerranéens diffusés par les Romains, comme le vin ou l’huile d’olive, amène fascination et séduction romaines des populations gauloises. Le grand commerce a rendu dépendants les uns les autres pour tel ou tel produit ou matériau ou ressource, tout en acculturant par les goûts et par la consommation les deux cultures italique et celtique. Bien que la culture gauloise sera le pot de terre face au pot de fer romain. A noter aussi qu’un jeu diplomatique autour du statut d’« Amis des Romains » (allié), comme accordé fin IIe siècle avant notre ère aux Eduens, maintenait sinon dans le morcellement les peuplades de toute la Gaule, maintenant en tout cas comme menace chimérique toute levée en armes de la Gaule unifiée. En – 52, Allobroges, de Savoie et Isère, ou encore Eduens n’ont pas rallié Vercingétorix lors de son appel.

Concluons avec ces Volques Tectosages mi-germains, mi-celtes, symboles d’une Europe déjà puissante bien avant la romanisation
Même les plus farouches et anciens opposants à Rome comme les Allobroges, tourneront le dos à Vercingétorix en -52. Rome avait déjà conquis les coeurs (élites sociales) et influencé les us et coutumes (par l’art et l’économie). Si on remonte au-delà de la période de La Tène, en prenant en compte l’ensemble des ethnocultures germaniques et celtiques qui émergent en Bohême et Moravie, vers – 1 200 ans en Europe avec la période d’Hallstatt, on doit considérer que non seulement des populations celtiques opposeront des résistances à l’extension romaine mais aussi des populations germaniques, et selon la même méthode de lever en armes leurs peuplades.

A cet égard, les Volques Tectosages symbolisent ces oppositions durables tout autant que la farouche défense de la liberté de mobilité et de décision, puisqu’ils sont une nébuleuse de peuplades et germaniques et celtiques agissant selon une coordination sur le terrain se relayant à l’échelle de l’Europe, de l’Atlantique jusqu’en Asie mineure (où ils fondent la Galatie celtique). « Volques » donnera « volk » en langue allemande : « peuple ». Quand « Tectosages » veut dire « ceux qui cherchent un toit ». Dans leur ADN mi-germanique, mi-celtique, la migration totale en armes, est employée quand nécessaire. Nécessaire soit pour diffusion de leur modèle économique (prise de ressources, terroirs, cités stratégiquement bien établies sur un territoire), soit lorsque leur modèle économique est menacé. Rome menaçait les Volques Tectosages.

Les Volques Tectosages s’opposeront à la nouvelle provincia de Transalpine. En – 107, une expédition transrhénane envahit la Gaule : les envahisseurs sont les Teutons (confédération de tribus germaniques), Ambrons (peuple belge, c’est-à-dire à la croisée entre culture celtique et culture germanique), et Helvètes (peuple germanique originaire de Bohême mais installé en Suisse). Les Volques Tectosages en profitent et attaquent Rome avec Tigurins comme chef. Défaite sanglante de Rome près de Toulouse, Toulouse ayant été un piège absolu puisque cité fortifiée principale des Volques Tectosages. En – 106, les Volques Tectosages sont écrasés par Caepio. En – 105, Caepio est cette fois-ci écrasé par l’expédition transrhénane renforcée par les Cimbres (aux origines proto-Vikings, scandinaves, issus du Jutland danois). En – 102, le général romain Marius bat les Teutons près d’Aix-en-Provence, puis en -101 les Cimbres dans la plaine de Verceil (Italie).
Marius avait réformé l’armée romaine pour réussir ses exploits, tant le péril et la tâche étaient immenses, pour Rome. Il devient un héros national, …mais son modèle de grand général victorieux sauveur de Rome générera pendant tout le Ier siècle avant notre, la confiscation progressive de la République romaine par des consuls et généraux qui estimeront mériter tous les pouvoirs de par leurs exploits militaires…
