La Tène, dès le Ve siècle avant notre ère est un site puissamment développé (actuelle Neuchâtel, en Suisse) grâce à la polarisation économique du centre urbain étrusque de Felsina (Bologne) en Italie du Nord, suffisamment proche de la Suisse pour avoir su dès le VIe siècle avant notre ère développer un commerce fructueux avec les Alpes suisses. A la fin du VIe, la destruction frappe des forteresses hallstattiennes, résidences de seigneurs-guerriers ayant centralisé les richesses tirées des circuits commerciaux celtiques. Mais dans le même temps, la kultur de Golasecca fait le relais et forme vite un complexe dit « laténien » (complexe de La Tène) dès lors que l’Etrurie détourne la voie commerciale massaliote (Marseille ayant été fondée vers – 600 par les Grecs de Phocée). Dès le VIIIe siècle avant notre ère déjà, l’Etrurie et les Transalpins notamment celtes influencent à deux, au sein de la kultur commune de Golasecca, la formation du complexe de la Tène. Attention : le flux le plus influent est sud-nord, le vaste oppidum de Zavist (près de Prague, en République Tchèque) est par exemple fortifié à l’étrusque, au VIe.

Emplacement de l’oppidum de Zavist (près de Prague) : le plus vaste oppidum celte jamais bâti.
La période de La Tène est autant le résultat d’une période d’Hallstatt obsolète en terme d’évolutions possibles autour du commerce, que l’impact étrusque quant à trouver des marchés de consommation extérieurs et quant à se fournir en autosuffisance en denrées et matériaux, pour son économie atteignant un degré avancé vis-à-vis des populations voisines. Pour répondre à de telles demandes croissantes et aussi diversifiées/hétéroclites, les populations celtiques des pourtours ouest-nord-est des Alpes ont dû se réorganiser, notamment en mettant fin à la centralisation autour de forteresses, pour permettre des métiers spécialisés à chacun chacune, métiers reliés entre eux de manière horizontale autour de circuits partagés de production-acheminement-commercialisation. Les dividendes du regain économique participaient à l’essor de davantage de monde.
Le choc Brennus de 390 av. notre ère
Au IVe, Brennus se hisse comme chef d’une coalition de groupes celtiques armés : porteurs de cottes de mailles (invention celtique). Parmi ses guerriers, des Boïens, des Sénons. Or, l’après-Brennus verra Boïens et Sénons bien installés en Italie du Nord, avec une emprise territoriale sur toutes les voies commerciales. Brennus menace d’abord Clusium : Clusiniens et Romains s’associent. Brennus lève le siège et lance une marche forcée vers Rome. Véritable expédition punitive, 40 000 Romains sont défaits sur l’Allia par 70 000 Celtes (à 15 km au Nord de Rome) en -387. Brennus stationne sept mois dans Rome mais la quitte lorsqu’il apprend que les Vénètes ont envahi son territoire, selon Fabius Pictor repris par Polybe. Fabius Pictor est un descendant de la famille des ambassadeurs envoyés par Rome à l’époque. En -357 une deuxième expédition militaire est réussie contre Rome. En -345 : les Celtes sont mis en échec.

Art de la guerre et mercenariat celtes redoutés des Etrusques et Italiques
D’après Trogue Pompée, une alliance entre Celtes et Denys Ier de Syracuse s’est établie : le comptoir syracusain d’Ancône était au contact direct des Sénons et servait de point de recrutement de mercenaires. La peuplade des Sénons était l’avancée celtique la plus méridionale : dans le nord des Marches, région au contact d’Ancône, ce comptoir syracusain matérialisant une alliance entre Sénons et Syracusains. L’emprise sur les voies assurée par l’association Sénons/Syracuse permettait le contrôle de l’accès au Tibre et de la côte menant en Campanie et en Apulie : ces régions étaient voisines des Ombriens et des Picéniens. Les tombes sénones du début IVe sont plus riches que les tombes princières transalpines les plus prestigieuses. L’Italie du Nord depuis Brennus devient la cible des appétits des Celtes…
Alliances matrimoniales entre Boïens, Sénons et Etrusques
Felsina (Bologne) démontre une repopulation celtique sur un substrat étrusque. Les Insubres se constituent petit à petit depuis le substrat celtique. Quant aux Boïens, leur agriculture devient prospère dans le Piémont, leurs échanges commerciaux décuplent avec les comptoirs de l’Adriatique et de l’Etrurie tyrrhénienne et intérieure. Si le « complexe boïen » est moins exposé aux influences grecques et italiotes que les Sénons, il est clairement en contact direct avec les Etrusques : des alliances matrimoniales sont scellées entre nobles celtes et femmes étrusques et/ou italiques du même rang.
Des Celtes en mouvements autour de la plaque-tournante alpine
Des immigrés celtes commencent au IVe à se mélanger avec des celtes autochtones qui, déjà depuis le VIIe étaient polarisées par les puissantes influences culturelles étrusques. Parmi ces Celtes, les Vénètes établissement une première forme d’écriture, s’inspirant d’un alphabet étrusque lui-même ayant retravaillé l’alphabet phénicien. Déjà au Ve, on repère que la région Champagne se vide en population celtique, nous retrouvons leurs traces en…Italie. Seule Reims ne se dépeupla guère. Un courant migratoire de populations limitrophes de la Champagne va au IVe repeupler cette région. Une montée en gamme de savoir-faire artisanal est visible mais maintenu sous une influence très vive venue du monde méditerranéen : céramiques d’influence méditerranéenne, chars ferrés, fourreaux aux décorations méditerranéennes. S’y dessine la Gaule Belgique que redoutera Jules César : soit la région de Gaule la plus peuplée sous la période de La Tène des Celtes dits « historiques ».

Nord-Italie et Gaule abreuvées d’un courant danubien de Celtes
Un autre pôle de développement de la kultur celtique, l’Europe danubienne depuis les Balkans jusqu’au sud-ouest de l’Allemagne, va mettre en mouvement migratoire des peuples celtes. Comme les Allobroges, qui veut dire littéralement « Ceux-qui-viennent-d’un-autre-pays » : ils ne sont pas un peuple mais une nébuleuse de plusieurs peuplades qui avait franchi les Alpes pour s’installer entre l’Isère, le Rhône et les Alpes du nord, au IVe siècle avant notre ère. Ce modèle de vie communautaire et/ou modèle politique n’est pas sans annoncer de véritables confédérations celtiques comme la confédération boïenne de l’après-Brennus, ou la confédération galate établie en Asie mineure dès le dernier siècle avant notre ère.

Si le nord-est de la Gaule est irriguée de migrations la renforçant, si l’ouest des Alpes voit les Allobroges s’y installer, les Cénomans vont eux migrer brutalement en Italie du Nord au IVe, avec un impact immédiat sur les Etrusques voisins. Leurs sépultures montrent un rattachement culturel tout-à-fait laténien (La Tène), pas du tout italique. Les Cénomans ont sans doute mener les Etrusques vers le conflit.
Les Celtes soumis à la grande lessiveuse culturelle gréco-étrusque
Les Insubres sont des Celtes en prolongement direct de leurs aïeux de la kultur de Golasecca du VIe, après transformation cependant au IVe. Les Insubres témoignent le mieux du continuum d’acculturation entre Etrusques et Celtes d’Italie. Les Insubres fondent Mediolanum (Milan), ce qui réduit l’influence régionale de Côme (centre urbain étrusque).

Une forme d’écriture se met en place, d’origine étrusque, et adoptée dès le VIe, et en usage jusqu’au Ier avant notre ère. Seul grand peuple celtique autochtone de Cisalpine, avec un réseau urbain déjà ancien dont s’inspirera Rome, les Insubres vont toujours fonder leurs villes le long de ce réseau routier. Ils battent monnaie (drachmes) aux IIIe et IIe. L’épigraphie insubre est la plus riche que nous ayons d’un peuple celtique antérieur au Ier : livrant des indicateurs sur la fonction des récipients, sur la généalogie, sur les processus de romanisation. Les Insubres représentent un îlot celtique particulier : car aux frontières avec diverses kulturs puissantes tout en ayant conservé son fond identitaire celtique. D’ailleurs des Celtes écrivant, cela était un particularisme hors-norme aux yeux des chercheurs sur le monde celte. L’alphabet latin sera diffusé en Europe centrale via les Boïens qui reprenaient les modèles des deniers républicains pour leurs tétradrachmes.

La reprise et assimilation de savoir-faire gréco-étrusco-italique de manière générale, par les Celtes, les mirent aux prises avec des kulturs puissantes les ayant absorbés : l’acculturation des Sénons est rapide, dès le second IVe du mobilier funéraire d’inspiration gréco-étrusque est retrouvé dans les tombes sénones. Le jeu des alliances matrimoniales pour garantir échanges commerciaux voire la paix, a livré à l’altérité bien des Celtes d’Italie. On peut quand même parler d’une mixité née avec les Ligures, Vénètes, Rhètes, Ombriens, Picéniens…
